


Métiers : Commerce Général / Secrétariat Général
Mots-clés : inclusion / keia / Langue des Signes Française / LSF / services.totalenergies.fr / sourdline / STE
Avril 2025
En France, 7 millions de personnes souffrent d’un handicap auditif. Parmi elles, 540 000 personnes ont une déficience auditive profonde ou sévère et environ 120 000 sourds utilisent la Langue des Signes Française (LSF).
Aujourd’hui, parlons Inclusion ! L’équipe de L’aparté vous présente deux solutions : Keia et Sourdline, implémentées par les équipes de TMF pour améliorer l’accessibilité de notre service client aux personnes sourdes et malentendantes. Décryptage.
Tout savoir sur la surdité
Derrière ce modèle d’accessibilité innovante, se trouve l’entreprise Keia, dédiée à l’accessibilité augmentée des contenus en LSF.
Nous sommes allés à la rencontre de Christine HAMOT, responsable Mission Handicap de la Compagnie, Caroline OZANNE, chargée de Publicité Corporate, et Olivier SUMING, chef de service Marketing Digital et Innovation, pour en savoir plus sur cette belle réalisation.

Responsable Mission Handicap

Chargée de Publicité Corporate

Chef de service Marketing
Digital et Innovation
Christine, Caroline, Olivier, une question taraude nos lecteurs : pourquoi peut-il être nécessaire pour une personne sourde ou malentendante d’accompagner la lecture d’un texte par une traduction en LSF ?
Christine HAMOT : Je commencerais déjà par donner une vision globale du tableau : en France, environ 7 millions de personnes souffrent d’une déficience auditive, dont 100 000 utilisent la langue des signes française (LSF). Or, 80% des personnes signantes, désignant celles et ceux qui s’expriment en LSF, éprouvent des difficultés à lire et écrire la langue française.
Olivier SUMING : Pour prolonger le propos de Christine, il est intéressant de rappeler que les personnes sourdes ou malentendantes ont tendance à suivre un cursus scolaire différent. Des écoles spécialisées leur inculquent la LSF, en parallèle de les instruire à la dictée et à la lecture classique. Néanmoins, la LSF présente des constructions grammaticales et syntaxiques bien différentes. Parler avec des gestes développe d’autres automatismes, se traduisant notamment par une expression plus théâtrale et appuyée sur les émotions.
Caroline OZANNE : Les personnes sourdes signantes ne comprennent pas tout ce qui est écrit. Par exemple, une phrase telle que « Fumer nuit à la santé » pourrait être interprétée à la lecture comme « Ne pas fumer la nuit ? » ou « De la fumée la nuit ? »…
Une traduction LSF correctement contextualisée rend accessible nos messages et leurs contenus. C’est tout le projet porté par la start-up Keia…
Justement, pouvez-vous nous en dire davantage sur Keia et le modèle de traduction développé par la start-up ?
C.O : Florian MELOUX, né sourd profond, fait partie des fondateurs de la solution Keia. À l’âge de 2 ans, il a bénéficié d’un implant cochléaire, appareillage en vue d’améliorer son audition, avant de suivre des cours d’orthophonie intensifs jusqu’à ses 18 ans. Son parcours scolaire a été marqué par des allers-retours entre des établissements dédiés aux personnes sourdes et des écoles classiques. Malgré les phases de découragement, Florian a poursuivi ses études jusqu’à obtenir un diplôme d’HEC Paris. Lui est venue l’idée de créer une solution capable de traduire des textes écrits en LSF.
C.H : David OHANA l’a rejoint pour développer cette idée révolutionnaire. Né de parents sourds mais ne souffrant pas de déficience auditive, il cernait leurs difficultés de compréhension de la langue écrite, passant son temps à traduire les courriers, les contrats et les annonces en LSF. Il est aujourd’hui devenu le dirigeant de Keia, qui consiste en l’utilisation de l’intelligence artificielle pour traduire des textes écrits en LSF, via l’utilisation d’un avatar 3D.
O.S : Plus explicitement, dès qu’une personne sollicite la traduction LSF sur un site web, un avatar apparait sous forme de capsule vidéo en bas à droite de son écran, traduisant automatiquement la zone du texte sélectionnée. Pour aller plus loin, cette solution repose sur l’alliance entre l’intelligence artificielle (IA) et une équipe experte en LSF. L’utilisation du machine learning permet dans un premier temps de constituer une base de données spécialement dédiée à la langue des signes. Enfin, pour l’animation des avatars numériques, des acteurs équipés de capteurs de mouvement traduisent pendant des heures des milliers de mots afin de créer un lexique adapté. Un vrai travail de titan !
Comment s’est déroulée l’intégration de cette solution sur le site services.totalenergies.fr ?
C.H : J’ai, aux côtés de Caroline, proposé à Olivier de mettre en place cette solution, afin d’améliorer l’accessibilité des contenus en ligne pour le site services.totalenergies.fr. Nous avons organisé des rencontres avec David OHANA et Florian MELOUX qui ont fait preuve d’une grande pédagogie pour nous présenter leur offre. Il était d’ailleurs intéressant d’observer le rendu concret de la solution en nous inspirant du site web du Gouvernement, qui avait déjà implémenté la traduction LSF en réalité augmentée.
O.S : Je reconnais avoir été séduit par l’idée ! Nous avons décidé d’activer cette solution sur les pages FAQ de notre site, identifiées avec le plus de visites. Les équipes Keia, se sont occupées de retranscrire les pages que nous avons transmises en LSF. Nous avons par ailleurs choisi de personnaliser notre avatar, qui revêt les habits portés par les exploitants en stations. Il nous a ensuite fallu faire preuve d’agilité afin d’intégrer les capsules vidéo des avatars sur notre site web, notamment pour adapter la solution en responsive sur la version mobile, consultée par plus de 70% de nos visiteurs.
C.O : J’ajouterais également qu’avant d’adresser l’ensemble des contenus aux équipes du Marketing Digital, la traduction en LSF est vérifiée puis validée par Ronit Leven Laquerrière, directrice de l’Académie de la Langue des Signes Française. Depuis que nous avons intégré la solution début mars, nous avons eu de très bons retours des collaborateurs sourds travaillant au sein de la Compagnie. Ils trouvent le format très clair et la traduction parfaitement exécutée et compréhensible ! Si ce format rencontre son succès auprès des utilisateurs sourds et malentendants, il serait intéressant de dupliquer cette solution sur d’autres sites web francophones de la Compagnie. En attendant, nous tenons à remercier toutes les équipes mobilisées sur ce beau projet, pour développer un service client toujours plus inclusif !
Le tutoriel pour accéder à la solution Keia

«
Je suis très heureuse de voir les vidéos et articles traduits en Langue
des Signes Française (LSF) sur le site services.totalenergies.
J’espère sincèrement que cela va s’amplifier et être étendu
à l’intranet WAT.
La traduction représente un confort considérable pour nous et améliore grandement notre expérience sur le site. Cette initiative est un véritable
pas en avant pour l’inclusion et l’accessibilité, elle fait une réelle différence dans notre quotidien !
»
Fanny BENKLAOUZ
Assistante de direction
DeafiLine, le service de relation client pour les personnes sourdes et malentendantes.
Le site services.totalenergies.fr propose également différents moyens de contact pour joindre les conseillers clientèle.
Pour les clients sourds et malentendants, le Service Consommateurs de TotalEnergies met à disposition la DeafiLine.
Ce service propose d’entrer en contact avec un conseiller soit via le chat, soit par échange vidéo en LSF avec un conseiller.
Le Service Consommateurs enregistre près de 20 demandes par mois de personnes sourdes ou malentendantes qui recourent à ce service, accessible du lundi au vendredi, de 8h00 à 18h00, et le samedi, de 10h00 à 13h00.
Sourdline, pour un service client inclusif
Un service client inclusif et accessible, dans l’ensemble des filiales de proximité
Pilote du projet, la filiale T-PNO a coordonné la mise en place de Sourdline dans l’ensemble des filiales de proximité. Désormais, les clients sourds et malentendants pourront communiquer facilement avec les conseillers des filiales de proximité, via webcam ou chat.
En visio, le client entre en contact vidéo avec l’interprète en langue des signes (LSF). Ce dernier contactera ensuite par téléphone le Conseiller Energies T-PNO et traduira de la LSF vers le français pour la bonne compréhension du conseiller et du français vers la LSF pour le client.
En tchat, le transcripteur joue le même rôle d’intermédiaire entre le client et le conseiller T-PNO. Il énonce la demande du client rédigée par écrit pour la bonne compréhension du conseiller et retranscrit la réponse du conseiller en français pour la bonne compréhension du client.



« Le service Sourdline a vraiment été accueilli avec enthousiasme par nos équipes de téléconseillers qui ont toujours eu à cœur d’apporter la meilleure réponse possible à tous nos clients. Sourdline est un plus pour tout le monde et la mise en place a aussi été l’occasion d’en apprendre plus sur la culture sourde et le soin à apporter aux besoins spécifiques de ces clients. »
Séverine DOGEMONT
Responsable Marketing & Communication T-PNO

Caroline Mitanne, fondatrice de Sourdline
Caroline Mitanne, née de parents sourds, est une CODA (Child Of Deaf Adult). Très tôt, régulièrement sollicitée par ses parents pour des traductions lors de rendez-vous ou d’appels téléphoniques, elle constate le manque évident d’accessibilité pour les personnes sourdes
C’est comme cela que lui vient l’idée de lancer « Guide Caro », un service permettant aux sourds de téléphoner en toute autonomie, mais également de traduire, transcrire des lettres, remplir des papiers administratifs, etc. Guide Caro sera le début d’une aventure professionnelle qui se poursuit jusqu’aujourd’hui à travers Sourdline, qui rend accessible les services d’entreprises partenaires comme T-PNO et fait peser la charge financière de cette accessibilité sur les entreprises plutôt que sur les personnes sourdes.
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