Métiers : TotalEnergies Marketing France
Mots-clés : Baril de Brent / Carburants / crise / Détroit d'Ormuz / Iran / Prix
Avril 2026

Le 28 février, à la suite des interventions militaires survenues au Moyen-Orient, les médias iraniens annoncent le blocage du détroit d’Ormuz.
Situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman, ce passage stratégique qui relie le golfe Persique à la mer d’Oman, constitue l’une des artères essentielles du commerce énergétique mondial. Chaque jour, y transitent des pétroliers transportant jusqu’à 18 millions de barils, soit environ 20% du commerce mondial d’hydrocarbures.
Ce détroit joue également un rôle crucial dans l’exportation du gaz naturel liquéfié (GNL), dont le Qatar est l’un des principaux producteurs.
Les effets du blocage de cet axe maritime sont immédiats : alors que le baril de Brent s’échangeait à 73$ avant la fermeture du détroit, son prix a franchi le seuil des 100$
le 15 mars, atteignant plus de 118$ le 31 mars. Cette hausse fulgurante des cotations s’est directement répercutée sur le prix des carburants en France, faisant grimper le Diesel de 1,72€ à 2,30€ le litre, et l’essence de 1,76€ à 1,99€ le litre.
Face à l’ampleur de ces événements, les équipes de TotalEnergies en France sont au cœur de la gestion de crise. Entretien exclusif avec Lucile LOISEAU-BADAIRE, directrice Supply Logistique France, Jérôme DÉCHAMPS, directeur Réseau et Solutions de Mobilité, et Virginie MERINI, directrice Commerce Général.

Directrice Supply Logistique France

Directeur Réseau et Solutions
de Mobilité

Directrice Commerce Général
Lucile LOISEAU-BADAIRE
Directrice Supply Logistique France, nous explique les conséquences de ce conflit sur notre chaîne d’approvisionnement et la réponse de SLF pour optimiser la gestion des ressources et garantir la continuité des livraisons.
Lucile, quel impact le blocage du détroit d’Ormuz a-t-il sur l’approvisionnement en carburant de la France ?
Lucile LOISEAU-BADAIRE : Pour comprendre les effets de ce conflit sur nos activités, il est important d’avoir en tête la dépendance européenne et française aux importations de produits pétroliers en provenance du Moyen-Orient, en particulier pour le gazole. Si cette région joue un rôle limité pour nos approvisionnements en essence, elle est devenue centrale pour le gazole depuis l’instauration des sanctions commerciales à l’encontre de la Russie à la suite de son intervention en Ukraine. Le Moyen-Orient est désormais le premier fournisseur de gazole de l’Europe et représente à lui seul un tiers des importations. En France, un quart du gazole distribué dans nos stations provient de cette région.
Cette dépendance rend notre approvisionnement particulièrement sensible aux perturbations actuelles, d’autant que les alternatives sont actuellement contraintes : les pays asiatiques ont suspendu leurs exportations de produits finis et les États-Unis, confrontés à un hiver particulièrement rigoureux, privilégient leur marché domestique. En conséquence, avec près d’un cinquième de la production mondiale de pétrole (brut et gazole) bloquée à Ormuz, les tensions d’approvisionnement ont provoqué une envolée des cotations, se traduisant respectivement par une hausse de 30 centimes par litre pour les essences et de 60 centimes pour le Diesel.
Dans ce contexte, quels sont les principaux enjeux auxquels les équipes SLF doivent faire face ?
L.L-B : Pour les équipes SLF, le défi est clair : assurer que le produit soit disponible en gérant les stocks avec précision, tout en maintenant le rythme des livraisons de carburant, voire en les augmentant. C’est intense, ça bouge vite, et cela demande une solide agilité, une forte réactivité et une coordination sans faille en interne pour SLF et avec les commerces..
Quelles actions ont été déployées pour répondre à ces deux défis ?
L.L-B : Nous avons rapidement activé un dispositif de gestion de crise avec des points opérationnels quotidiens réunissant l’ensemble des métiers de SLF, les équipes basées à Genève, les représentants des commerces, ceux d’AS24, du Réseau ainsi que du Commerce Général. C’est l’occasion d’aligner régulièrement les priorités clients et les capacités supply & logistique. Nous avons également mis en place des points de situation au niveau du Codir TMF pour arbitrer et décider.
De manière concrète, depuis le début de la crise en mars, nous avons :
- Ajusté autant que possible nos schémas d’approvisionnement (auprès du trading et du raffinage) pour sécuriser les ressources et gagner en flexibilité.
- Mis en place un suivi quotidien des stocks et des sorties afin d’anticiper les tensions et d’éviter les ruptures en dépôt. Cela nous conduit à mettre en place des contingentements, j’entends par là une priorisation temporaire de la molécule disponible pour nos clients sensibles et stratégiques.
- Mobilisé les transporteurs pour maintenir, et augmenter, le rythme des livraisons afin de faire face à la hausse de la demande de nos clients et notamment éviter une augmentation forte des ruptures en station.
- Assuré un dialogue constant avec les autorités notamment la DGEC en partageant des états réguliers de situation.
Existe-t-il un risque de pénurie de carburant en France dans les prochaines semaines ?
L.L-B : À court terme, il n’existe pas de risque de pénurie de carburant pour la France. Par mesure de précaution, notre pays a décidé, conjointement avec l’ensemble des membres de l’Agence Internationale de l’Énergie, de mettre sur le marché 14 millions de barils issus de nos stocks stratégiques. Ce volume correspond à l’équivalent de 2 millions de mètres cube, suffisant pour couvrir les besoins de 20 jours de consommation.
A la suite des annonces, le 12 mars, puis le 31 et le 7 avril, du plafonnement de prix sur les essences et le Diesel – annonces qui visent à protéger les clients de TotalEnergies en France vis-à-vis de leur pouvoir d’achat, nos stations-service enregistrent une hausse significative de fréquentation. Dans ce contexte, les équipes SLF sont pleinement mobilisées pour répondre le mieux possible à cet afflux de clients.
Le saviez-vous ?
Créée en 1974 à la suite du premier Choc pétrolier, l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) impose à ses Etats membres de détenir en permanence l’équivalent de 90 jours de réserves stratégiques de pétrole. Cette obligation vise à atténuer les impacts économiques négatifs liés à des pénuries ou des perturbations d’approvisionnement.
Ces réserves représentent en France l’équivalent de 118 jours d’importations nettes de pétrole brut et de produits raffinés. Elles sont réparties sur 81 sites implantés sur l’ensemble du territoire.
En France, les stocks stratégiques de carburants sont supervisés par la Direction Générale de l’Énergie et du Climat (DGEC), qui veille à ce que le pays dispose en permanence de réserves suffisantes. Pour constituer et gérer ces stocks, l’État s’appuie principalement sur la Société Anonyme de Gestion des Stocks de Sécurité (SAGESS), qui en détient la plus grande partie, ainsi que sur les metteurs à la consommation — dont TotalEnergies — qui contribuent eux aussi à maintenir ce niveau de sécurité énergétique.
Souhaites-tu adresser un message à tes équipes ?
L.L-B : Dans un contexte où les incertitudes sur les approvisionnements s’enchaînent et où le suivi interne à haut niveau de la situation requiert des états des lieux fréquents et des réponses rapides, les équipes SLF sont à fond, pleinement mobilisées ! Vous vous adaptez vite, vous sécurisez la disponibilité de la ressource dans nos stations service et auprès de nos clients, et vous le faites jour après jour en gardant le cap. Merci à toutes et à tous pour votre engagement solide, votre réactivité sans faille et la coordination de qualité que vous assurez avec les autres équipes !
Jérôme DECHAMPS
Directeur Réseau et Solutions de Mobilité, revient sur les actions mises en place par ses équipes pour limiter l’impact de cette hausse et ainsi préserver le pouvoir d’achat des automobilistes français.
Jérôme, comment se traduit la hausse des prix des carburants depuis le début du conflit ?
Peut-on établir un parallèle avec celle observée en 2022 ?
Jérôme DECHAMPS : Depuis l’ouverture du conflit au Moyen-Orient, les cotations des produits raffinés ont fortement augmenté. Toutefois, cette hausse est trois fois plus forte pour le Diesel par rapport à l’essence. Comme évoqué plus haut, cette différence s’explique par le fait que la France couvre la moitié de sa consommation de gazole par des importations, dont une part significative provient du Moyen-Orient. À l’inverse, l’inflation sur le prix de l’essence est plus limitée car notre pays n’en importe qu’environ 10% ; les 90% restants sont raffinés localement.
Pour répondre précisément, nous constatons que l’augmentation des prix à la pompe est deux fois plus forte – et bien plus rapide – que celle connue en 2022. À l’époque, le prix de l’essence enregistrait une hausse cumulée de 11 centimes par litre, contre 30 centimes aujourd’hui. De la même manière, le Diesel connait désormais une hausse cumulée de 64 centimes par litre, qui contraste nettement avec celle de 28 centimes observée en 2022.
Envie d’en savoir davantage sur le prix des carburants ?
Face à ces hausses de prix, quelles mesures avez-vous déployé pour préserver le pouvoir d’achat des automobilistes français ?
J.D : Avant d’aborder les mesures mises place, rappelons brièvement le contexte. Le 27 février, juste avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, le litre d’essence se vendait à 1,76 €/L et 1,72 €/L pour le Diesel. Le 7 mars, une semaine après l’annonce par les médias iraniens du blocage du détroit d’Ormuz, les prix à la pompe avaient nettement augmenté : le Diesel atteignait 1,99 €/L tandis que l’essence s’affichait à 1,87 €/L*.
Pour préserver le pouvoir d’achat des automobilistes, TotalEnergies a instauré le 13 mars, sur l’ensemble du réseau en France, un prix-plafond de 1,99 €/L pour les essences et de 2,09€/L pour le Diesel, qui a été réajusté à 2,25€/L le 7 avril suite aux très fortes hausses des cotations Diesel au mois de mars. Parallèlement, les clients particuliers électricité et gaz et membres du Club, bénéficient d’un plafond à 1,99 €/L, valable sur tous les carburants et sur toute l’année 2026.
Ces événements et les actions engagées ont-ils modifié le comportement des clients en stations ?
J.D : Grâce au dispositif de plafonnement, le réseau TotalEnergies affiche aujourd’hui des prix à la pompe souvent bien plus compétitifs que ceux du marché. Cette attractivité tarifaire se traduit par une hausse de la fréquentation de nos sites et une progression des volumes distribués. L’écart de prix avec la concurrence amène les clients à privilégier nos stations pour faire le plein, ce qui génère d’importantes files d’attente.
Concernant l’impact du conflit sur les habitudes des consommateurs, il est encore trop tôt pour en évaluer l’effet. Les dernières statistiques indiquent une progression des ventes de véhicules électriques, notamment sur le marché de l’occasion. Toutefois, ce phénomène est encore trop marginal pour en tirer une tendance fiable. Nous prêtons néanmoins attention à l’évolution de la situation afin d’anticiper d’éventuels changements de comportements si le conflit devait se prolonger.
Pour finir, quel message souhaites-tu adresser aux équipes du Réseau ?
J.D : Je tiens à vivement les remercier, tout comme les équipes logistiques, pour leur implication et leur capacité à s’adapter à ce contexte inédit. Je salue aussi le professionnalisme des équipes en stations, toujours au plus près de nos clients, et qui, pour certaines, font face à des situations délicates. Nous restons à vos côtés pour vous aider à maintenir le cap !
Sources :
*
CARBU.COM – Evolution des prix moyens des carburants en France
Virginie MERINI
Directrice Commerce Général, revient sur les premières semaines ayant suivi le déclenchement du conflit. Elle décrit le quotidien des équipes et leur capacité à conjuguer leurs expertises pour répondre à l’afflux soudain de commandes et assurer la continuité des livraisons.
Virginie, comment les équipes du Commerce Général ont-elles vécu cette situation sur le terrain ?
Virginie MERINI : Les semaines qui ont suivi le déclenchement du conflit au Moyen-Orient ont été vécues très différemment par les équipes. Nos clients professionnels, fortement dépendants du gazole et du gaz naturel non routier (GNR), ont immédiatement réagi à cette flambée des prix. Cette tension a généré un pic inédit de commandes : le 2 mars, nos quatre filiales de proximité ont reçu près de 50 000 appels, alors que la moyenne en février tournait autour de 8 000 appels par jour… En conséquence, notre organisation logistique n’a pas pu absorber une telle explosion de demande, ce qui s’est traduit par un allongement des délais de livraison.
La deuxième semaine, nous avons connu une dynamique radicalement différente. Avec un Platts* en hausse plus modérée, à 43€/m3 pour le gazole, la pression sur les prix s’est quelque peu atténuée. À cela, s’est ajouté le dispositif de plafonnement, opéré dans nos 990 stations à la marque TotalEnergies et Elan. Conséquence : si les commandes de GNR ont baissé d’environ 40 %, nous avons cette fois été confrontés à des contraintes de disponibilité des carburants, notamment dans nos stations dont les capacités de stockage sont plus limitées que celles du Réseau.
Cette instabilité, avec des paramètres qui évoluaient d’un jour à l’autre, a demandé aux équipes de faire preuve d’une grande agilité et de repenser en profondeur notre mode de fonctionnement
Justement, quelles mesures avez-vous mis en place pour vous adapter à ce contexte ?
V.M : Notre avons rapidement déployé un « plan rouge ». Chaque jour, des réunions de crise étaient organisées avec les directeurs de filiales, ainsi qu’avec les équipes de SLF et du Réseau. Ensemble, nous avons d’abord décidé de renforcer nos équipes commerciales pour mieux absorber l’afflux de commandes. Concrètement, nous avons ajusté le message téléphonique d’attente et mobilisé les attachés technico-commerciaux ainsi que les responsables de relation clientèle pour prêter main forte aux conseillers énergie dans le traitement des appels entrants.
Ensuite, il fallait repenser notre organisation logistique pour garantir, autant que possible, la disponibilité des produits et la continuité des livraisons. Cela s’est d’abord traduit par la priorisation des livraisons vers nos stations-service ainsi que vers les clients disposant de contrats ou d’engagements exclusifs. La fermeture temporaire du canal digital de commande de fioul domestique et la limitation des livraisons à l’historique de commande, nous a également permis de recentrer nos efforts. Nous avons aussi renforcé les équipes sur le terrain, en mobilisant nos chauffeurs-livreurs de pellets, ainsi que les moniteurs et agents d’exploitation pour assurer, en appui, les livraisons de carburant, y compris le samedi.
Enfin, s’agissant de la gestion du risque-prix, nous avons décidé de suspendre temporairement la garantie de prix accordée à nos clients, afin de tenir compte de la forte volatilité du marché et des délais de livraison allongés.
Aujourd’hui, quels sont les retours de vos parties prenantes issues des différentes filières professionnelles ?
V.M : En parallèle de cette réorganisation, plusieurs de nos parties prenantes, qui constituent une part importante de la clientèle du Commerce Général, nous ont sollicités. Il s’agit notamment des professionnels du secteur agricole, des transporteurs routiers, des pêcheurs, ainsi que des acteurs des travaux publics. Nous avons également préparé des réunions organisées avec les différents ministères, afin d’établir un état des lieux de la situation et demander des mesures de soutien à ces filières particulièrement touchées par cette période d’instabilité.
Ce que je peux vous dire, c’est que la majorité de ces acteurs subissent pleinement les effets de cette situation, qui affecte à la fois leur pouvoir d’achat et leurs conditions de travail. Malgré un contexte particulièrement instable, nos équipes restent à leurs côtés pour répondre au mieux à leurs besoins.
Peux-tu nous dresser un bilan de la situation actuelle ?
V.M : Depuis la troisième semaine suivant le déclenchement du conflit, nous sommes progressivement revenus à des délais de livraison plus proches de la normale. Le dispositif de plafonnement mis en place dans nos stations, qui affichent des prix nettement inférieurs à ceux de la concurrence, a par ailleurs renforcé la fréquentation de nos sites et augmenté les volumes distribués. En revanche, nous constatons un recul de la demande sur les produits en vrac, qui ne bénéficient pas du mécanisme du prix plafonné.
Sur la partie approvisionnements, nous avons bénéficié d’une réallocation de ressource de la part des dépôts de SLF, ce qui nous a permis de réalimenter de manière raisonnable nos dépôts secondaires. Cette amélioration nous a notamment conduits à rouvrir le canal digital de commande de fioul domestique, que nous avions temporairement suspendu dans le cadre du plan rouge. Nous restons toutefois particulièrement vigilants sur la question de l’approvisionnement. En effet, le mécanisme de prix plafonné génère un afflux important de clients en stations, ce qui nous oblige à garantir des niveaux de stocks suffisants pour répondre à une demande en forte hausse.
Quel message souhaiterais-tu adresser à l’ensemble des collaborateurs du Commerce Général et de ses filiales ?
V.M : Je veux leur dire que, grâce à leur mobilisation, leur polyvalence et leur solidarité, nous sommes capables de nous adapter aux situations les plus exigeantes. Je comprends bien les difficultés rencontrées par la nécessité de recourir à des contingentements. Dans ces conditions, s’adresser aux clients est un exercice difficile et vous le relevez tous les jours avec un formidable engagement. Un grand merci à vous tous : vous démontrez, une nouvelle fois, la force de nos savoir-faire !
*Platts est une société créée en 1909 par Warren C. Platt (1883-1963) pour fournir des informations fiables, neutres et indépendantes sur les cours du pétrole.
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